Cabbies do Kilimandjaro- Des chauffeurs de taxis londoniens escaladent le Kilimandjaro pour la bonne cause

Hier, nous avons présenté l’auteur du texte qui suit: Le récit de l’ascension du Kilimandjaro par des amateurs, et qui plus est, des « Cabbies », des chauffeur de taxis londoniens, pour la bonne cause de récolter des fonds pour la recherche médicale au profit d’enfants. Voici son récit:
 
« La nuit était tombée, celle que nous attendions. Nous nous étions entraînés pendant un an et nous nous étions préparé du mieux que nous pouvions pour être prêts. Nous avions essayé de revenir sur toute une vie de mauvaises habitudes et nous avions fait la promesse à ceux qu’on aime, à nos amis et notre famille.
Je me sentais à la fois comme un animal en cage qui attend sa libération et comme un rat de laboratoire en attente des résultats de ses expériences.
Il y avait beaucoup de vent qui faisait trembler notre tente comme jamais avant. Les harengs qui la tenaient se tordait.
Le nuit de l’ascension, on t’envoie au lit a 19 heures pour que tu dormes bien jusqu’à ce qu’on te réveille à 23 heures pour que tu te prépares de commencer l’ascension à minuit.
Tu es épuisé des 5 jours précédents où tu as demandé de considérables efforts à ton corps. Le manque de sommeil accumulé te rattrape et te fait sentir un peu vaseux. Mais on y était, notre finale du Wembley Cup à nous, la pelouse mythique n’était qu’à 50 mètres, nous faisions partie de l’équipe, mais on se sentait comme si on avait déjà joué les 90 minutes et les prolongations avant même de commencer! 
 
Les guides nous ont appelés, les pensées défilaient dans ma tête: Est-ce que j’ai assez de couches de vêtements sur moi? Est-ce que mon eau potable gèlera? Qu’est-ce qui se passe si mes mains sont trop exposées au froid?,  Trop tard, maintenant ou jamais!
J’ai ouvert la fermeture éclair de ma tente, le vent hurlait et secouait tout sur son passage. Fais bonne mine, ne déconne pas!
Je savais que je devais y croire et tout donner, car les conditions étaient si extrêmes.
Je savais que le Kilimandjaro n’aurait pas de pitié, et, pourquoi il devrait?
Si tu t’apprêtes à le conquérir, tu devras le mériter. Avec chaque pas.
 
Nuit noire, torche frontale allumée, je parlais à mes compagnons d’équipe avec des mots d’encouragement, en me donnant du courage par la même occasion.
Papillons au ventre tu pries tout ce que tu peux pour survivre à tout ceci, pour ne pas échouer, je ne veux pas, ne ne peux pas échouer, je n’échouerai pas!!

Ils vous mettent par deux avec un guide du sommet. La mienne était une jeune femme appelée Alessia, âgée d’environ 20 ans et très frêle.

Elle est devenue le centre de mon attention. Elle serait mon stimulateur cardiaque, mon décideur et mon ticket pour le sommet. Sa parole était maintenant un évangile pour moi. Nous avons franchi la ligne de départ pour la montée. En file indienne, la lampe frontale éclairant tout ce que tu regardes, mais c’est toujours bizarre de marcher dans le noir et il faut un peu de temps pour s’y habituer. J’ai levé les yeux et j’ai vu l’énormité de notre tâche. Certains grimpeurs montaient déjà. Je pouvais voir leurs torches allumer le sentier. Je ne pouvais même pas voir le sommet et la côte était raide dès le début.

Heureusement, le vent avait un peu baissé, mais il faisait un froid glacial de moins 20 degrés. Presque immédiatement, vous commencez à respirer profondément, en aspirant autant d’air – gelé- que vous le pouvez. Votre cerveau sait instinctivement que vos muscles vont en avoir besoin autant que vous le pouvez. Le rythme auquel vous marchez est très lent, douloureusement lent mais ce n’est pas une course. Nous devons juste y arriver. Cela devient alors une simple question de continuer, tout ce que vous voyez sont les talons de votre guide. Ils vous conseillent de ne pas regarder vers le haut ou vers le bas, mais vous savez comment c’est quand on vous dit de ne pas faire quelque chose. Vous essayez de voir jusqu’où vous êtes arrivé et bien sûr jusqu’où il reste à aller. En fait, je me suis fait mal au cou en essayant de voir. La côte est si raide qu’on se casse la nuque en regardant. Mais tout ce que vous pouvez voir, ce sont des files de lumière au-dessus.

Après environ une heure, le tube en plastique de mon pochon d’eau)avait gelé. J’avais une autre bouteille dans mon sac à dos et je priais pour qu’elle n’ait pas gelée aussi. Tout était silencieux, on entendait juste le bruit des chaussures de marche et la chanson des guides. Je ne saurai jamais comment ils ont fait pour avoir assez de souffle pour faire autre chose que juste marcher. Mais ce sont des PERSONNES SPÉCIALES, différentes de nous, et quand elles commencent à chanter, elles se rejoignent toutes et les chansons résonnent de haut en bas de la montagne. Je pense que c’est leur façon de faire face et c’est gratuit, elles le font avec une telle passion que vous le ressentez.

Après environ 3 heures, nous recevons le message que Brian avait abandonné. On a été dégoûté pour lui, j’ai même versé une larme silencieuse. Sachant combien il avait travaillé dur et combien il voulait atteindre le sommet. Il avait fait des choses incroyables pour arriver là où il était. Il avait tout donné. Bravo Brian! « Kili » a fait sa première victime. Nous avions convenu en équipe que si un ou plusieurs abandonnaient, les autres continueraient et si l’un d’entre nous réussissait, nous aurions tous réussi. John et moi étions toujours ensemble avec Tim, nous parlions à peine en nous concentrant uniquement sur la marche et la respiration. Le fait que Brian avait abandonné nous avait fait un choque, mais nous avait aussi rendus encore plus déterminés à gravir cette foutue  GRANDE COLLINE  qui n’allait PAS nous battre. On a continué, encore et encore, c’était comme si ça ne finirait jamais. De temps à autre, nous nous asseyions pas plus d’une minute en essayant d’avaler une bouchée de Mars et de boire un peu d’eau glacée.  Je vidais ma réserve d’eau rapidement et me suis retrouvé sans eau encore assez loin du sommet, en mettant machinalement un pied devant l’autre et en serrant les dents.

De ce que je pouvais voir de la mine de John cachée par son passe-montagne, je savais qu’il ressentait la même chose.

Après environ 5 heures et demi d’escalade, je me sentais un peu plus léger. J’ai levé le regard, et ce que mes yeux ont vu m’a donné un frisson dans tout le corps. Je me suis retourné pour regarder John. Son regard s’était éclairci aussi: nous étions presque arrivés au  sommet. Nous n’avions pas assez de force pour accélérer nos pas mais cela n’avait pas d’importance. Tout semblait plus léger maintenant que le soleil se levait. Les derniers pas vers Stella Point semblaient durer une éternité. Mais ce n’était pas encore le sommet. C’était un plateau où nous étions accueillis avec une tasse de thé au gingembre pour nous aider à supporter l’altitude.  Le thé est très chaud quand on vous le sert, mais le temps d’enlever les gants il n’est plus que tiède. Beaucoup d’escaladeurs étaient assis ici. J’ai parlé à John et mes craintes se sont confirmées. Il était aussi fatigué et abattu que moi. Il restait encore 45 minutes de montée d’ici à Uhuru Point, le point culminant et le sommet du Kilimandjaro.  Cette dernière montée de 45 minutes est la chose la plus difficile que j’ai jamais faite. Nous parlions à peine tout le long,  trébuchants sur les plus petits obstacles. Mon corps criait STOP STOP mais mon esprit et ma détermination ont pris le dessus. Ensuite, nous avons vu le célèbre panneau Uhuru, le panneau dont nous rêvions était ici, nous étions ici. Nous avons traîné nos carcasses fatiguées pour franchir les derniers mètres, et à 7 h 07, le 4 octobre 2019, nous avons touché le panneau.

J’ai éclaté en larmes et je me suis effondré comme un bébé. Toutes les émotions qui remontaient, je pensais à mes petits-enfants et leur dessin qu’il m’avait donné pour mon départ, je pensais à ma femme Jackie et toutes les choses qu’elle avait faites pour rendre ceci possible et tous les voeux d’encouragement que j’avais reçus et l’espoir que des gens avaient misé sur moi. NOUS L’AVONS FAIT!

J’étais au sommet du monde. En regardant en bas, je pouvais voir la courbure de la Terre, les nuages, les glaciers, le soleil brillait et ce fut un moment surréaliste que je n’oublierai jamais. »

Demain dans l’Actu TaxiFun: Comment devenir « Cabbie », chauffeur de taxi à Londres, vous verrez ce n’est pas de la tarte!

Stay tuned, et bonne route!

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